Visa d'Or Humanitaire du CICR

2011-2018 Retrospective

Le “Visa d’Or humanitaire du CICR” récompense chaque année une ou un photojournaliste professionnel ayant couvert une problématique humanitaire en lien avec un conflit armé. Il s’intègre dans le prestigieux Festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’Image.
De 2011 à 2014 il a récompensé un photoreportage valorisant la problématique du respect de mission médicale en temps de guerre.
De 2015 à 2017, le concours s’est concentré sur les femmes dans la guerre : femmes combattantes, femmes détenues, femmes victimes de la violence sexuelle, femmes cheffes de familles en l'absence des hommes, femmes à la recherche de proches disparus…
Cette année, le thème de ce concours photographique porte sur la guerre en ville et les conséquences sur les populations obligées de se terrer ou de fuir.
Photos récompensées, portraits des gagnants, découvrez notre rétrospective 2011-2017 du Visa d’Or Humanitaire du CICR.
Les textes et légendes des reportages ont été écrits par les photojournalistes.

Every year since 2011, the ICRC has awarded the “Humanitarian Visa d'or Award” to a photojournalist as part of the annual "Visa pour l'image" festival of photojournalism, which takes place in Perpignan, France.
From 2011 to 2015, the award invited photojournalists to address the issue of health care in danger and respect for medical services during armed conflict and violence.
From 2015 to 2017, the competition focused on women in war: sexual violence, women in detention, women searching for missing family members, the situation of female fighters or also women becoming single heads of household.
The theme of this year's photo contest is urban war and the consequences for people forced to hide or flee.
ICRC’s Humanitarian Visa d’Or Award is an 8 000 euros prize for professional photojournalists.
Award-winning photos, portraits of the winners, discover our retrospective.
All photo captions and texts have been written by the photographers themselves.

2018

Des héroïnes fabriquées par la guerre

Véronique de Viguerie, English below

Depuis 2006, le Yémen est l’un des pires endroits où vivre pour une femme.

La guerre civile qui oppose depuis trois ans les rebelles houthis au gouvernement en exil, soutenu par une coalition armée emmenée par l’Arabie saoudite, n’a fait qu’empirer les choses. Pourtant, malgré l’omniprésence de la mort et les privations qu’inflige cette guerre, les femmes assument des rôles sociétaux auparavant dominés par les hommes. De par leur absence, parce qu’enrôlés, blessés ou tués, les femmes deviennent cheffes de famille, prodiguent des soins, s’inscrivent à l’école, organisent le commerce et assument aussi des rôles politiques et d’activistes.

Amat, premier ministre du gouvernement dit “des enfants”, jeune fille de 17 ans, est l’une des 33 ministres, pour la plupart des garçons. Elle lutte contre la corruption et persuade les commandants en première ligne de libérer des enfants soldats ou d’empêcher les mariages d’enfants. Dans les hôpitaux publics comme celui de Saada, un bastion houthi, les victimes des bombes à sous-munitions ou de la famine arrivent chaque jour. La majeure partie du personnel est composée de femmes suffisamment motivées pour venir travailler sans percevoir de salaire depuis plus d’un an.

Dans l’enseignement supérieur, les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses que les hommes dans les domaines de l’informatique, des sciences et du droit. Elles veulent plus tard jouer un rôle très actif dans la société yéménite.

Après une année de tentatives pour entrer dans le pays, j’ai finalement réussi à passer un mois, d’octobre à novembre 2017, dans le nord du Yémen.


Since 2006, Yemen is one of the worst country to live as a woman. The three-year civil war, between rebel Houthis, the exiled government, and a Saudi-backed coalition, has only made things worse. And yet, amid the death and deprivation of this war, women are assuming societal roles that were previously dominated by men. As more men are conscripted, wounded or killed, more women are the sole providers for their families; practicing medicine; enrolled in school; selling goods; and assuming political and activist roles.

Ahmat, Prime minister of the so called children government, a strong-willed 17-year-old, one of 33 ministers – mostly boys – is working to fight corruption and to persuade commanders on the frontlines to release child soldiers or to prevent child marriages. In public hospitals like the one in Saada, a Houthi stronghold, victims of cluster bombs and famine arrive daily. Most of the remaining staff is female, committed enough to come to work despite not having received their salaries for more than a year. In higher education, where people have access to it, female graduates outnumber males in IT, sciences and law schools. The young women in these schools want to be active in Yemeni society.

Amid the tragedy of Yemen’s long war and the loss of men, women are being forced into new roles. Women are not passive spectators in the conflict unfolding in Yemen.

After a year trying to get into the country, I finally spent a month in North Yemen in October and November 2017.

Portfolio
Interview
Jury

Isabelle de Lagasnerie

La Croix

Albéric de Gouville

France 24

Lucas Menget

France info

Cyril Drouhet

Figaro Magazine

Magali Corouge

Causette

Jérome Huffer

Paris-Match

Magdalena Herrera

Geo Magazine

Kathryn Cook Pellegrin

CICR

David-Pierre Marquet

CICR

2017

Ayacucho

Angela Ponce Romero, English below

Ayacucho, du quechua aya signifiant « cadavre » et cucho signifiant « coin », peut se traduire par le « coin des morts ».

Les années 1980 et 1990 marquent l’une des périodes les plus tragiques pour la ville d’Ayacucho et l’histoire du Pérou. Le conflit armé déclenché par le Parti communiste péruvien (plus connu sous le nom de Sentier Lumineux ou Sendero Luminoso) et la réponse armée du gouvernement ont entraîné la mort et la disparition de dizaines de milliers de personnes à Uchu, Accomarca, Lucanamarca et Cayara.

Les femmes de ces villages ont été victimes d’assassinats indiscriminés, de terreur et de soumission. Les filles et les jeunes femmes ont été enrôlées dans différents groupes subversifs ; elles ont été mariées de force, utilisées comme sentinelles et victimes d’abus sexuels. Aujourd’hui, les femmes, les veuves et les orphelins qui ont survécu continuent d’exiger justice et vérité.

Ce sujet couvre les cérémonies de commémoration organisées à Ayacucho, au Pérou, en 2016 et 2017, afin de créer une mémoire collective et éviter que de telles atrocités ne se reproduisent.


"Ayacucho, from the Quechua words aya meaning “corpse” and cucho meaning “corner,” is the “corner of the dead.”

The last two decades of the twentieth century saw one of the most tragic times for the city of Ayacucho and the history of Peru. The armed conflict initiated by the Communist Party of Peru (more commonly known as the Shining Path, Sendero Luminoso) and the response by the government led to tens of thousands of people dying and disappearing in Uchu, Accomarca, Lucanamarca and Cayara.

Women in the communities were victims of indiscriminate killings and subjected to a regime of terror and submission. Girls and young women were recruited to work for subversive groups; they were forced into unwanted marriages, used as security guards, and were victims of sexual abuse. Today, the surviving women, widows and orphans continue to seek justice and truth.

This photo-essay covers commemorative events held in Ayacucho, Peru, in 2016 and 2017, to create a collective memory, and to stop such a period of violence from ever happening again.

Portfolio
Interview
Jury

Armelle Canitrot

La Croix

Cyril Drouhet

Figaro Magazine

Magali Corouge

Causette

Romain Lacroix

Paris-Match

Magdalena Herrera

Geo Magazine

Sébastien Carliez

CICR

David-Pierre Marquet

CICR

2016

Nés dans le conflit : les enfants soldats en Colombie / Born into Conflict: Child soldiers in Colombia

Juan Arredondo, English below

"Ces deux dernières années, j'ai photographié et interviewé dans toute la Colombie des enfants soldats "toujours d'active" mais aussi d'autres démobilisés. J'ai découvert le silence profond entourant quelque 6000 jeunes hommes et femmes enrôlés dans des groupes armés et dont la vie a été dévastée.

On estime que 25 à 50 % de ces combattants sont des femmes, parfois des gamines à peine âgées de neuf ans. Les filles reçoivent la même formation que les garçons, elles ont appris à manier les armes, à recueillir des renseignements et participent à des opérations militaires; mais elles sont aussi victimes d'abus sexuels, souvent à la merci de leurs commandants et, dans la plupart des cas, forcés d'avorter si elles tombent enceintes.

Ces survivantes sont aujourd'hui confrontées à la difficulté de retourner dans leurs familles vivant souvent dans l'extrême pauvreté. En outre, elles sont stigmatisées par la société colombienne, qui les considère comme des criminelles. Face à l'instabilité économique, la discrimination, le manque d'éducation et le peu de soutien familial, la plupart de ces enfants sont contraints de renouer avec la violence à travers des activités criminelles".


"For the past two years I've been photographing and interviewing current and former child soldiers throughout Colombia. What I have come across is a silenced latent crisis that has devastated the lives of the estimated 6,000 young men and women currently enlisted in illegal armed groups.

It is estimated that a quarter to nearly half of recruited combatants are women including girls as young as nine years old. Girls receive the same training as their male counterparts, they are taught to handle weapons, collect intelligence and take part in military operations; but they are also victims of sexual abuse at the hands of their commanders and in most instances forced to have an abortion if they get pregnant as a result of this abuse.

These young survivors are faced with the hardship of returning to their families living in extreme poverty, communities that shun them – or both. Moreover, they are stigmatized by the collective fear of Colombian society at large, which views them as criminals, and hence face economic instability because of discrimination, lack of education and insufficient family support. As a result, most of these children are forced to enter a cycle of violence and criminality that perpetuates this social conflict."

Portfolio
Interview
Jury
Le président / The president

Nick Danziger

Photographe. Il a passé près de 25 ans à photographier le monde des défavorisés et des dépossédés.
Photographer. He has spent much of the last 25 years photographing the world most dispossessed and disadvantaged.

Les membres du Jury / Jury members

Daphné Anglés

New York Times France

Armelle Canitrot

La Croix

Jérome Huffer

Paris Match

Magali Corouge

Causete

David-Pierre Marquet

CICR

2015

Le procès de Minova / Minova rape trials

Diana Z. Alhindawi, English below

Entre le 12 et le 19 février 2014, un tribunal temporaire a été installé à Minova, une localité au bord du lac Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo. Les procès se tiennent habituellement à Goma, mais pour les victimes des viols commis à Minova, le voyage jusqu’à Goma aurait été trop onéreux. C’est donc le tribunal qui s’est déplacé pour entendre leurs témoignages.

39 membres des Forces armées de la RDC (FARDC) ont été accusés d’actes de violence commis pendant dix jours de terreur en novembre 2012, durant lesquels plus de 1 000 femmes, hommes et enfants auraient été violés dans la seule ville de Minova. En définitive, 37 militaires ont été inculpés pour viols. L’attaque contre les civils a eu lieu alors que les soldats des FARDC fuyaient les rebelles du Mouvement du 23 mars qui s’étaient emparés de la ville stratégique de Goma.

En 2011, la représentante spéciale de l’ONU chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit a qualifié la République démocratique du Congo de « capitale mondiale du viol ». Le procès de Minova représente une réelle avancée pour la défense des victimes de viol : c’est notamment la première fois qu’autant de soldats sont mis en accusation. Les plaintes ont été entendues par un tribunal militaire et il n’y a aucune procédure d’appel possible auprès d’une autre instance.

En raison de la stigmatisation à l’encontre des victimes de viol, celles qui ont comparu s’étaient habillées de façon à conserver l’anonymat ; mais même avec ces précautions, seulement 47 femmes sont venues témoigner.

La cour a rendu son verdict le 5 mai 2014 : seuls deux soldats ont été reconnus coupables de viols. L’un d’eux a été condamné à une peine de réclusion à perpétuité.


Between February 12 and 19, 2014, a temporary courtroom was set up in Minova, a market town on the shore of Lake Kivu in eastern DR Congo. Trials are usually held in Goma, but for the rape victims living in Minova, the trip to Goma would have been prohibitively expensive, so the court came to them, to hear their testimony.

Thirty-nine members of the DRC Armed Forces (FARDC) were on trial on charges relating to violence committed in a ten-day rampage in November 2012 when, according to estimates, more than 1,000 women, children and men were raped in the town of Minova alone. In the end, 37 members of the military faced rape charges. The civilians were attacked when FARDC troops were fleeing rebels from the March 23 Movement that had captured the strategic city of Goma.

In 2011, a UN special representative on sexual violence in conflict described the Democratic Republic of Congo as the “rape capital of the world.” The Minova trials stand as a great step forward in justice for rape victims, particularly given the unprecedented situation with such a large number of members of the armed forces accused. The cases were heard by a military tribunal, and there is no recourse to any court of appeal.

For victims, there is great stigma associated with rape, so those who appeared in court were swathed in garments to conceal their identity, and even then only 47 women came forth to testify.

When the verdicts were handed down on May 5, 2014, two of the 37 members of the armed forces accused of rape were convicted. One of the two was given a life sentence.

Portfolio
Interview
Jury
Le président / The president

Georges Comninos

Chef de la délégation du CICR en France. En trente ans de carrière humanitaire, il a travaillé en Afrique, au Proche et Moyen-Orient et en Amérique Latine.
Head of ICRC Delegation in France. He has been working for the ICRC since 30 years, in the Near and Middle East, Africa and Latin America.

Les membres du Jury / Jury members

Daphné Anglés

New York Times France

Armelle Canitrot

La Croix

Cyril Drouhet

Figaro Magazine

Magdalena Herrera

Geo Magazine

Jérôme Huffer

Paris Match

David-Pierre Marquet

CICR

2014

Crise humanitaire en Centrafrique / Humanitarian Crisis in the Central African Republic

William Daniels, English below

La République centrafricaine est plongée dans une crise humanitaire sans précédent. Après un an de terreur imposée par la Séléka - une rébellion majoritairement musulmane -, ce sont désormais les milices chrétiennes anti-balaka qui, par vengeance démesurée, tuent et chassent tous les musulmans de l’ouest du pays. Des quartiers entiers sont assiégés, des femmes et des enfants sont attaqués à la grenade. Face au manque de soutien international, les forces africaines de la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine) et l’armée française peinent à contenir les massacres et les déplacements de population. Le pays compte près d’un million de déplacés, soit un quart de sa population, qui n’ont pas ou peu accès à la nourriture et aux soins.

La Centrafrique a longtemps été considérée comme une crise oubliée en raison du manque d’investissement de la communauté internationale. Cela fait 40 ans que la République centrafricaine est en état de vulnérabilité chronique. Selon l’OMS, l’espérance de vie -la deuxième plus faible au monde - est de 48 ans. Le système de santé, quasi inexistant, repose en grande partie sur l’engagement d’ONG internationales. Le taux de malnutrition était de 38 % avant la crise actuelle. Le paludisme y est holoendémique : chaque habitant du pays est infecté au moins une fois par an.

Depuis décembre 2013, je me suis rendu plusieurs fois en Centrafrique. J’ai couvert la catastrophe humanitaire dans les camps de déplacés de la capitale, comme l’impressionnant camp de l’aéroport M’Poko qui, en quelques jours, s’est vu grossir de 100 000 personnes en grande majorité chrétiennes ou animistes, qui fuyaient les combats entre Séléka et anti-balaka.

Je me suis aussi rendu de nombreuses fois dans les enclaves musulmanes de PK-5, Bégoua, et Boda. Dans chacune le scénario est similaire, les habitants et ceux y ayant trouvé refuge sont assiégés. Quiconque tente d’en sortir risque d’être abattu, parfois même égorgé, démembré. Les anti-balaka qui entourent les enclaves jettent à l’aveugle des grenades qui atteignent au hasard des femmes ou des enfants. La situation sanitaire y est déplorable. L’accès aux soins est très limité. À Boda, la situation était encore plus critique lors de ma visite en avril dernier. La nourriture était difficilement acheminée pour les quelque 10 000 habitants de l’enclave, souvent bloquée par les opérations de harcèlement des anti-balaka sur la route de Bangui. De nombreux enfants souffraient de malnutrition sévère, principalement ceux de l’ethnie peule, discriminée au sein même de l’enclave. Les soins étaient assurés par deux infirmiers et un médecin à mi-temps complètement débordés. Sous la pression de l’armée française, l’hôpital de la ville venait tout juste de rouvrir mais, étant situé à l’extérieur de l’enclave, il était bien trop dangereux pour les musulmans de s’y rendre.


The Central African Republic has been plunged into an unprecedented humanitarian crisis. After a year of terror led by the mainly Muslim rebel Seleka group, anti-Balaka militia wreaked revenge on the Muslims in the west of the country who fled or were killed. Entire districts were under siege; even women and children were victims of grenade attacks. There was little response from the international community. Soldiers with the African-led International Support Mission in the Central African Republic (MISCA) and French troops struggled to stop the massacres and population movements. Nearly one million (one fourth of the population) fled, becoming displaced persons, needing food and medical care.

For a long time the crisis in the Central African Republic was almost forgotten, having triggered little interest or support from the international community. The Central African Republic has been unstable and vulnerable for forty years now. According to the World Health Organization, life expectancy is the second lowest in the world, at only 48 years. The country has no proper healthcare system and relies on the commitment of international NGOs to provide medical care. Before the current crisis, the rate of malnutrition was 38%. Everyone in the country today suffers from malaria, with at least one attack a year.

I have made a number of trips to the Central African Republic since December 2013, and have covered the humanitarian disaster, seeing camps for displaced persons in the capital city, such as M’Poko, a staggering sight at the airport where in the space of just a few days there was an influx of 100 000 people, mostly Christians and animists, fleeing the fighting between Seleka and anti-Balaka forces.

On a number of occasions I have traveled to the remaining Muslim communities, now isolated enclaves at PK-5, Begoua and Boda. Each site had similar scenes, with residents and others who had found shelter there ending up under siege, afraid to leave for fear of being killed, by gunshot, their throat cut, or being dismembered. Anti-Balaka fighters around the enclave throw grenades randomly, hitting women and children. Hygiene and health are appalling, and there is only minimal access to medical care.

When I returned to Boda in April this year, the situation was even more critical. It was difficult to get food supplies to the 10 000 people living isolated in the enclave there, as anti-Balaka harassment tactics often block the road to Bangui. Many children are suffering from severe malnutrition, mainly Peul children as the Peul ethnic group is subjected to discrimination within the enclave. Some medical care was provided by a part-time doctor and two nurses, but they are overwhelmed by the demand. The local hospital responded to pressure from the French forces, and recently opened again, but as it is outside the enclave, it was still too dangerous for Muslims to go there.

Portfolio
Interview
Jury
Le président / The president

Didier François

Est depuis 2007, grand reporter à Europe 1. Il était précédemment journaliste à Libération. Durant ses 30 ans de carrière, il a couvert de nombreux conflits armés.
French reporter working for French radio Europe 1 since 2007. He previously worked for the daily newspaper Libération. In his 30 year-career, he has covered many armed conflicts.

Les membres du Jury / Jury members

Magdalena Herrera

Geo Magazine

Daphné Anglés

New York Times France

Jérôme Huffer

Paris Match

Caty Forget

Fondation Sanofi Espoir

Pierre Gentile

CICR

Georges Comninos

CICR

2013

La vie et la mort à Alep / Life and Death in Aleppo

Sebastiano Tomada, English below

Depuis juillet 2012, la bataille fait rage entre les forces gouvernementales et les insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL) qui se battent pour le contrôle d’Alep, la grande ville du nord. Les centres médicaux accueillant les blessés dans les quartiers tenus par les rebelles sont devenus des cibles militaires, ce qui oblige les médecins à travailler dans un réseau clandestin de cliniques et d’hôpitaux. C’est le cas de l’hôpital Dar al-Shifa, naguère une clinique privée appartenant à un homme d’affaires resté loyal au président Bachar el Assad, aujourd’hui transformée en hôpital de campagne où travaillent bénévolement médecins, infirmières et aides-soignants unis par leur opposition au régime, et par la nécessité de soigner les civils autant que les rebelles.

Sebastiano Tomada a commencé par couvrir la révolution syrienne à Idleb, puis tout au long de la frontière avec le Liban, avant de se concentrer sur Alep, où il a pu suivre les avancées et les reculs successifs de l’Armée syrienne libre. Il témoigne de la vie quotidienne et des conditions de soins dans une ville assiégée, nous montrant la cruelle réalité que vivent les hommes, les femmes et les enfants ainsi pris au piège.


Since July 2012, the battle had been raging between government forces and insurgents with the Free Syrian Army (FSA) fighting for control of the northern Syrian city of Aleppo. Medical centers treating casualties in rebel-held districts became a military target, forcing doctors to work in an undercover network of clinics and hospitals. One of these is Dar al-Shifa hospital: previously a private clinic owned by a businessman loyal to President Bashar Assad, Dar al-Shifa became a field hospital run by volunteer doctors, nurses and aides united in their opposition to the regime and the need to provide medical care to both civilians and rebels.

Sebastiano Tomada first covered the Syrian revolution in Idlib and along the border between Syria and Lebanon, then shifted his attention inside Aleppo where he began covering the advances and losses of the Free Syrian Army. With a focus on daily life and medical conditions in a city under siege, Sebastiano shows what is cruel reality for the men, women and children who continue to live in the besieged city of Aleppo.

Portfolio
Interview
Jury
Le président / The president

Rony Brauman

Médecin, chercheur, ancien président de Médecins sans Frontières. Il est l’un des fondateurs du Centre de Réflexion sur l'Action et les Savoirs Humanitaires (CRASH).
Physician, researcher, former president of Doctors Without Borders. He is one of the founders of the "Centre de Réflexion sur l'Action et les Savoirs Humanitaires (CRASH)".

Les membres du Jury / Jury members

Daphné Anglés

New York Times France

Magdalena Herrera

Geo Magazine

Cyril Drouhet

Figaro Magazine

Jérôme Huffer

Paris Match

Olga Miltcheva

CICR

Caty Forget

Fondation Sanofi Espoir

2012

Syrie, dans Homs / Syria, inside Homs

Mani, English below

À la veille du soulèvement syrien, les adversaires les plus résolus du régime de Bachar el-Assad étaient les premiers à redouter une révolution. Tous gardaient en effet en tête l’écrasement de Hama en 1982, épilogue sanglant d’une insurrection islamiste de trois ans. Le régime syrien, dirigé à l’époque par Hafez el-Assad, le père de l’actuel président, n’avait alors pas hésité à faire tirer à l’arme lourde sur la quatrième ville du pays, au prix de milliers de morts, même si jamais aucun bilan officiel n’a été publié (entre 10 000 et 20 000 morts selon les estimations).

Ces opposants voyaient juste. Depuis le 17 mars 2011 et les premières tueries à Deraa, dans le sud du pays, le pouvoir syrien a privilégié à nouveau la réponse militaire, augmentée à la marge de réformes jugées purement cosmétiques. Confronté à des marées humaines prenant pacifiquement le contrôle des rues et face auxquelles il était désarmé, le régime a tenté de pousser une partie de cette opposition vers la lutte armée, un terrain sur lequel il pensait être à son avantage.

Cette pression a été à l’origine de la constitution de l’Armée syrienne libre, formée de déserteurs et de civils, sans pour autant que les cortèges de la colère, chaque vendredi, ne disparaissent. Mais le calcul de Bachar el-Assad s’est avéré à courte vue puisque c’est une guérilla classique qui s’est mise en place, aussi prompte à céder le terrain lorsque la pression des forces concentrées ponctuellement par le régime est trop forte, qu’elle est rapide à y revenir après le départ des blindés en direction d’un autre bastion rebelle.

L’autre échec du régime tient à son incapacité à restaurer « le mur de la peur » constitué par au moins trois décennies de répression, du massacre de la prison de Tadmor, en 1980, à celui de celle de Sednaya, en 2008. Depuis le début du soulèvement, le régime a pourtant laissé ses milices, les chabiha, se charger de la sale besogne : exécutions sommaires, tortures, nettoyages communautaro-ethniques, viols…

De fait, le pays est livré depuis plus de quinze mois à une violence inouïe. Une violence d’État qui n’a que faire des principes humanitaires les plus fondamentaux. C’est ainsi que les hôpitaux, les services de santé, les médecins ont été la cible des chasses à l’opposant organisées dans tout le pays. Les témoignages recueillis à Homs par les envoyés spéciaux du Monde, le rapport rédigé par l’organisation non gouvernementale Médecins sans frontières font état de véritables battues dans les établissements publics, ne laissant aux blessés d’autre choix que de s’en remettre à des dispensaires de fortune où les médicaments n’arrivent qu’au compte-goutte, lorsqu’ils arrivent.

Pour préserver ses chances de survie, le régime syrien a fait le choix d’une barbarie sans retour qui diffuse la haine et qui nourrit représailles et règlements de comptes. Le choix de la terre brûlée.


Shortly before the Syrian uprising, the first people to sense that revolution was on the way were the most determined opponents of Bashar el-Assad’s régime. They could still remember 1982 and the Hama massacre, the cruel epilogue to crush an Islamist revolt that had been going on for three years. At the time, the régime was led by Hafez el-Assad, the father of the current president, who had no qualms about firing heavy weapons on the fourth largest city in the country, leaving thousands dead, although no official figures were ever released. (According to estimates, the number of dead was between 10 000 and 20 000.)

The opponents were right. Since March 17, 2011, and the first killings in Deraa in the south of the country, the Syrian regime has again opted for a military response, plus a few purely cosmetic reforms on the side. When massive crowds gained control of the streets, peacefully, the régime was faced with a challenge, and attempted to push part of the opposition movement into armed confrontation, an area where it believed it held the advantage.

Under this pressure, the Free Syrian Army formed, their ranks filled with deserters and civilians, and the angry demonstrations still continued every Friday. Bashar el-Assad’s calculation turned out to be short-sighted, as a classical guerilla force took shape, prepared to concede terrain when concentrated forces sent in by the regime from time to time proved to be too powerful, and then quick to return once the armored vehicles had set off for another rebel stronghold.

Another weak point of the regime was that it failed to rebuild the “wall of fear” which had been established over three decades or more of repression – from the Tadmor prison massacre in 1980 to the Sednaya prison massacre in 2008 – and despite the fact that since the beginning of the uprising the régime had set its militia forces, the Shabiha, to do the dirty work: summary executions, torture, ethnic cleansing, attacks on communities, rape and more.

Over the last fifteen months the country has been in the grips of unbelievable violence – the violence of a State with total disregard for even the most basic humanitarian principles. Hospitals, medical centers and doctors have been targeted, as opponents are methodically hunted down across the country. Eye-witness reports from Homs from special correspondents for the newspaper Le Monde and the NGO Médecins sans frontières describe organized hunts through public buildings, and the wounded have no other choice than to rely on makeshift medical centers with little or no medical supplies.

To help maintain its chance of survival, the Syrian regime has chosen the inhumane option, with no going back, spreading hate and triggering reprisals, settling old scores: the choice of the scorched earth policy.

Portfolio
Interview
Jury
Le président / The president

Pierre Micheletti

Médecin, universitaire et écrivain. Il fût notamment président de l'ONG française Médecins du Monde. Il est actuellement enseignant à Sciences Po Grenoble.
Physician, academic and writer. He was also President of the French NGO, Doctors fo the World. He currently teaches at Sciences Po Grenoble.

Les membres du Jury / Jury members

Daphné Anglés

New York Times France

Armelle Canitrot

La Croix

Cyril Drouhet

Figaro Magazine

Jérôme Huffer

Paris Match

Paul-Henri Arni

CICR

Catherine Boniface

Fondation Sanofi Espoir

2011

"Premier km2 de liberté" : place du Changement, Sanaa, Yémen
The First Square Kilometer of Freedom: Change Square, Sana’a, Yemen

Catalina Martin-Chico, English below

"Martyr, ton sang n’a pas coulé en vain", chantent les révolutionnaires yéménites

Étudiants, chômeurs, laissés-pour-compte et déçus, ils sont tous là, en rangs serrés, sur le parvis de la nouvelle université de Sanaa, rebaptisé « place du Changement ». Ils n’en bougeront pas avant que le président Ali Abdallah Saleh, à la tête du Yémen depuis 33 ans, n’ait quitté le pouvoir. Des reliefs du nord aux vallées du sud, des côtes de la mer Rouge aux wadis de l’Hadramaout, plus une province du Yémen n’échappe désormais aux mobilisations de la jeunesse. Les « révolutionnaires » forment l’un des groupes les plus improbables qui soit. Le premier succès de la révolution est sans doute là. Les Yéménites s’observent et se parlent. Ils se découvrent. Les hommes des tribus échangent avec de jeunes étudiants en communication, des parlementaires socialistes débattent avec des musulmanes, des commerçants de la vielle ville écoutent des officiers des forces aériennes. Peu importe l’uniforme ou le titre. « Nous sommes tous les fils du Yémen ! », aiment à répéter les manifestants.

Au fur et à mesure que le camp du changement s’élargissait, le parti présidentiel connaissait une érosion spectaculaire. Diplomates, ministres, députés, gouverneurs, officiers, cheiks… Ils sont nombreux, ces fidèles partisans d’Ali Abdallah Saleh, à s’être ralliés au mot d’ordre principal des manifestants : le président doit partir et le régime doit tomber. Place du Changement à Sanaa, ou place de la Liberté à Taez, ces milliers de citoyens ont fait le choix d’une méthode de lutte : le pacifisme. La voici, l’autre originalité de cette « révolution » : elle se fait sans armes. Dans un pays où circulent plus de cinquante millions d’armes à feu, et malgré les nombreux contrôles militaires qui filtrent les accès à la capitale, il n’est pas très compliqué de se procurer un AK-47 ou un lance-roquettes. Mais les opposants ont découvert qu’il était possible de revendiquer sans violence, simplement par des mots et une présence. La confrontation armée entre le président Saleh et le clan de la tribu Al-Ahmar, dans le nord de la capitale, a pourtant menacé de faire glisser la « révolution » vers une guerre civile. Les manifestants ont aussi essuyé les tirs aveugles de snipers embusqués sur les toits, les gaz lacrymogènes et les coups de matraque assénés par les forces de la sécurité centrale. Mais, pacifiques jusqu’au bout, eux n’ont pas tiré une seule balle. Alors que le président Saleh est toujours hospitalisé en Arabie Saoudite, les « révolutionnaires » tentent de provoquer un transfert progressif, et pacifique, du pouvoir. Ils réclament aussi la consolidation d’un régime parlementaire. Ce nouveau Yémen qu’ils appellent de leurs vœux devra s’attaquer à la corruption et à l’injustice. Le temps de consacrer un succès qu’ils estiment inéluctable, ils repartiront dans les rues. Ils savent pourtant que les services de sécurité les y attendent. Alors ils chanteront : « Martyr, ton sang n’a pas coulé en vain. »


"Martyr, your blood has not been shed in vain", Chant of the revolutionaries in Yemen

Students, drop-outs, people unemployed or simply disillusioned – they are all there together, packed onto the square outside the new University of Sana’a, and now known as Change Square. They are determined to stay there until President Ali Abdallah Saleh, who has held power in Yemen for 33 years, steps down. From the mountains in the North to valleys in south, from the shores of the Red Sea to the wadis of Hadhramaut, youth movements have reached every province in the country. The “revolutionaries” are an improbable, motley lot, and that is no doubt the first success story for the revolution. The people of Yemen have been looking at one another and speaking to one another; they have been discovering one another. Tribal men have had discussions with young students specializing in communication; socialist parliamentarians have been debating with Muslim women; shopkeepers from the old city have been listening to air force officers. Uniforms and titles are irrelevant: “We are all children of Yemen” proclaim the demonstrators.

As more and more people join the advocates of change, the President’s party has suffered spectacular decline. Diplomats, ministers, parliamentarians, governors, officers and sheikhs, once loyal supporters of Ali Abdallah Saleh, have rallied to the demonstrator’s cause, adopting their call for the president to go and the régime to fall. Change Square in Sana’a and Freedom Square in Taez are focal points for thousands of citizens who have chosen to embrace peaceful resistance. Yes, that is another original feature of the “revolution” – it is being conducted without weapons. In a country with more than 50 million firearms, and despite the many military checkpoints monitoring movements into and out of the city, it is not very difficult to get a Kalashnikov or a rocket-launcher. But opponents to the regime discovered that they could make demands without violence, simply by using words and by being there, although the armed conflict between President Saleh and the Al-Ahmar clan north of the capital almost pushed the “revolution” into a state of civil war. Demonstrators have been targets for snipers on rooftops and teargas and attacks by central security men wielding truncheons. Yet they have remained peaceful pacifists to the end, without firing a single shot. While the president is still in hospital in Saudi Arabia, they have endeavored to bring about a gradual, peaceful shift in power. They have called for a proper and sound parliamentary regime, a new Yemen which they wish to see tackle corruption and injustice. Time is needed to succeed, and for them success is the only possible outcome. In the meantime, they shall return to the streets, quite aware that the security forces are waiting for them there. So they shall chant: Martyr, your blood has not been shed in vain.

Portfolio
Interview
Jury
Le président / The president

Jean-Christophe Rufin

Médecin, écrivain, diplomate, membre de l’Académie française, il fût notamment l'un des fondateurs de Médecins Sans Frontières et président d'Action contre la Faim.
Physician, writer, diplomat, member of the Académie Française. He also one of the founders of Doctors Without Borders and President of Action against Hunger.

Les membres du Jury / Jury members

Daphné Anglés

New York Times France

Armelle Canitrot

La Croix

Magdalena Herrera

Geo Magazine

Jérôme Huffer

Paris Match

Thomas Vanden Driessche

CICR

Caty Forget

Fondation Sanofi Espoir